accueil un pied dans la marge Ode à Émile
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Émile :
D’abord, je vous dis...
je suis né en 1890, c’est pas d’aujourd’hui,
et je suis né ici, mes parents ont toujours habités ici, mes grands parents aussi...
j’exerçais le métier de maréchal, j’ai continé jusque... À quel âge...
j’avais 70 ans quand j’ai arrêté, maint’nant je bricole encore un peu, j’en ai 85. et puis ma foi, maint’nant, à c’t âge-ci, qu’est-ce que vous voulez...
On s’repose...




À force de frapper l’enclume,
De regarder passer les lunes,
Tu sais parler de nos aïeux
Comme s’ils n’avaient jamais été vieux

La cheminée s’étonne encore,
La charrue ne s’essouffle plus,
Tu ressembles à ces chercheurs d’or
Qui auraient un secret de plus

Ta bouche est sucrée de légendes
Que l’on déguste comme un festin,
Un festin qui n’est pas à vendre
Mais qui se donne comme un matin

Et quand l’hiver trompe l’automne
Se prenant pour un faux printemps,
Tu nous parles d’une anémone
Poussée au cœur de tes vingt ans

Au marécage de ton passé
J’irai offrir mes pieds honteux,
J’auréolerai de tes années,
Celles qui feront de moi un vieux

Puisse cette ode rester à Émile,
Au plus grand maréchal-ferrant,
Puisse cette ode rester à Émile,
Aux petits vieux de tous les temps

Quand la machine ne tourne plus,
Que l’heure de l’heure du glas approche,
On se chante un tout petit vin,
On se boit un dernier refrain

Et puis tranquille...
On peut partir torcher le cul
Au firmament.



Christian Decamps / Jean Michel Brezovar



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marteau enclume